ACADEMIE REGIONALE DES SCIENCES ET TECHNIQUES DE LA MER

Une institution régionale de référence

pour une formation d'excellence aux métiers de la mer et de l'industrie


Institut de Sécurité Maritime Interrégional

 
ACTUALITES

 

INTERVENTION DE KARIM COULIBALY, DG DE L'ARSTM AU COURS DE LA TABLE RONDE CONSACREE A LA SECURITE ET A LA SURETE MARITIME ET AU DEVELOPPEMENT

 

PROPOS LIMINAIRE


Le processus de formation maritime dans le golfe de Guinée a été lancé en 1975 des initiatives de la Conférence Ministérielle des Etats de l’Afrique de l’Ouest et du Centre sur les transports maritimes (CEMEAOC/TM devenue OMAOC), visant à former le personnel navigant et sédentaire au profit des 25 pays membres de cette organisation.


 Réunis à Abidjan le 17 mai 1975, ces pays ont adopté la charte des transports maritimes appelée «Charte d’Abidjan» qui a consacré leur volonté  de se doter d’une véritable politique maritime régionale et en particulier d’une politique de formation.


Ainsi, la Côte d’Ivoire et le Ghana  ratifiaient en 1982  la Convention portant régionalisation des institutions de formations maritimes d’Accra et d’Abidjan, donnant ainsi naissance à deux académies maritimes :


-          L’Académie Régionale des Sciences et Techniques de la Mer (ARSTM) ;


-          L’Académie Maritime Régionale d’Accra devenue par la suite l’Université Maritime Régionale d’Accra.


Ces académies ont été mises en place initialement en vue d’assurer la formation aux métiers de la mer, dans ses composantes sédentaires et naviguant. L’orientation adoptée par la charte d’Abidjan en matière de formation répondait aux préoccupations de l’époque qui étaient plus économiques que sécuritaires. Ainsi depuis leur création, ces deux académies maritimes ont formé plusieurs milliers d’élèves en provenance des Etats d’Afrique de l’ouest et du centre.


Aujourd’hui, la donne a changé du fait des menaces sécuritaires qui minent le golfe de Guinée et devant lesquels les administrations comme les entreprises restent démunis, en termes de ressources humaines disposant de connaissances et d’expériences appropriées.


Dans ce contexte, les stratégies adoptées au niveau international, continental, interrégional et régional africains ont tous mis l’accent sur la nécessité, entre autres, de renforcer les capacités humaines en vue de donner la meilleure riposte possible aux menaces de sécurité et de sûreté maritimes.


C’est ainsi que des formations spécifiques en matière de sécurité et de sûreté maritimes ont été introduites dans les cursus de formation de ces académies maritimes aussi bien au niveau de la formation initiale que continue.


En outre des programmes de formation en matière de sécurité et de sûreté maritimes sont financés dans le cadre spécifique des programmes de renforcement des capacités des organisations internationales et régionales (OMI, UA, CEDEAO, CEEAC, etc.) ainsi que des Etats partenaires au bénéfice des personnels militaires et civiles des Etats du golfe de Guinée.


Enfin, le secteur privé ou parapublique, notamment les ports, les armements et autres compagnies maritimes financent des modules de formation, notamment en matière de sûreté maritime et portuaire pour leurs agents.


L’objet de ce débat, je le précise, vise à définir les conditions fondamentales pour des ressources humaines de qualité en vue d’une lutte plus efficace contre les risques et menaces de sécurité et de sûreté maritimes dans le golfe de Guinée permettant l’éclosion d’une économie maritime dynamique et durable.


Mais avant d’ouvrir le débat, il convient de faire l’état des lieux des initiatives menées en termes de formation depuis le Sommet de Yaoundé et dresser le tableau sombre des problématiques qui pourraient servir d’orientation au débat que nous allons mener.


      I.        INITIATIVES MENEES EN MATIERE DE FORMATION DEPUIS LE SOMMET DE YAOUNDE SUR LA SECURITE ET LA SURETE MARITIMES


Les instruments pertinents adoptés le 25 juin 2013 au cours du Sommet de Yaoundé, ont pris en compte la problématique du développement des ressources humaines dans le contexte de la lutte contre les risques et menaces de sécurité et de sûreté maritimes.


En effet, au point  2.5.b de la Déclaration des Chefs d’Etat et de Gouvernement, il est stipulé que « Les Etats membres s’engagent à renforcer les capacités des responsables de l’application de la loi dans le domaine de la sécurité et de la sûreté maritimes ».


En outre, le Code de Conduite de Yaoundé consacre l’art. 14 à la formation et à l’éducation en énonçant que les Signataires entendent coopérer en matière d’élaboration et de promotion de  programmes de formation et d’éducation pour la gestion et la protection du milieu marin ainsi que pour le maintien de la sécurité et de l’ordre en mer.


Dans le cadre de ces directives, bon nombre de centres de formation dédiés à la sécurité et à la sûreté maritimes ont été créés ou ont fait l’objet d’une redynamisation pour ceux qui existaient déjà, en vue de répondre aux préoccupations posées à Yaoundé.


Ainsi, de manière plus spécifique, il a été créé par le Gouvernement ivoirien en partenariat avec la France, l’Union Européenne et le Japon l’Institut de Sécurité Maritime Interrégional, en abrégé ISMI, à l’Académie Régionale des Sciences et Techniques de la Mer. Pour cette année 2015-2016, l’ISMI a déjà formé près de 200 cadres civils et militaires des Etats du golfe de Guinée sur plusieurs thématiques, notamment : la lutte contre le narcotrafic, la pêche illicite, la recherche et le sauvetage maritimes, la cybercriminalité maritime et les assurances maritimes.


A l’ISMI s’ajoutent d’autres centres de formation qui ont également axé leurs priorités sur les préoccupations sécuritaires du golfe de Guinée, notamment le Kofi Annan International Peacekeeping Training Centre (KAIPTC) et l’Ecole navale à vocation régionale (ENVR) de Bata en Guinée Equatoriale.


En complémentarité de ces centres, plusieurs programmes de développement des ressources humaines ont été mis en œuvre dans le cadre des stratégies spécifiques des organisations internationales et multilatérales. Il s’agit de manière non exhaustive des institutions suivantes :


-       L’Organisation Maritime Internationale (OMI) dans le cadre de sa stratégie sur la sécurité et la sûreté maritimes en Afrique de l’Ouest et du Centre ;


-          L’Union Européenne dans le cadre du projet « Critical Maritime Route of the Golfe of Guinea (CRIMGO) et du 10ème FED ;


-          L’Union Africaine, la CEDEAO et la CEEAC dans le cadre des programmes des formations liées à la mise en œuvre de leurs stratégies respectives (Stratégie AIM 50, Stratégie Maritime Intégrée de la CEDEAO, Stratégie maritime de la CEEAC) ;


-          INTERPOL à travers le projet EVEXI (Évidence Exploitation Intelligence) ;


-          L’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDOC) à travers le programme West African Cost Initiative (WACI) et le programme global de lutte contre la criminalité maritime.


En outre, nombre de mécanismes bilatéraux ont joué un rôle fondamental en matière de formation des responsables en charge des questions de sécurité et de sûreté maritimes. Il s’agit notamment de :


­    La coopération française dans le cadre spécifique du Programme d’Appui à la Réforme du Système de Sécurité Maritime (ASECMAR) qui apporte un soutien clé à l’ISMI ;


­    La coopération américaine dans le cadre du Commandement des USA pour l’Afrique (AFRICOM) qui s’est notamment illustré par l’exercice OBANGAME et l’initiative AMLEP ;


­    La coopération allemande et bien d’autres Etats qui appuient notamment le KAIPTC d’Accra au Ghana ;


­    Le Japon qui un partenaire clé de l’ISMI ;


­    Etc.


On note enfin, tant au niveau des entreprises, au niveau national, bilatéral, régional et international la mise en place de programmes de formation en matière de sécurité et de sûreté maritimes.


Cependant, pourrait-on répondre à l’affirmative à la question de savoir si l’ensemble de ces programmes de formation ont-ils eu ou pourront conserver un impact positif pérenne sur l’éradication des phénomènes d’insécurité maritime dans le golfe de Guinée ?


     II.        PROBLEMATIQUES RELATIFS A LA FORMATION EN MATIERE DE SECURITE ET DE SURETE MARITIMES 


L’exécution des programmes de formations en matière de sécurité et de sûreté maritimes dans le golfe de Guinée se heurte à un certain nombre de difficultés dont la résolution permettra aux ressources humaines dédiées d’assurer une meilleure prévention et lutte contre les phénomènes d’insécurité maritime tout en garantissant un développement socio-économique durable.


Ces différentes problématiques sont notamment :



  1. Les élèves naviguant en fin de formation dans les académies maritimes sont confrontés à la rareté des stages à bord des navires en vue de valider leurs diplômes et prétendre à exercer des emplois de marins. En effet, du fait de plusieurs facteurs, les armateurs exploitant les côtes de l’Afrique de l’ouest et du centre expriment des réticences à leur accorder des opportunités de stage à bord de leurs navires. Dès lors, nos académies maritimes sont en passe de devenir des « laboratoires de chômeurs », au moment, où paradoxalement le marché mondial de la main d’œuvre maritime souffre d’un déficit de marins.


  1. Comme a pu le constater dans l’état des lieux dressé plus tôt, les programmes de formation en matière de sécurité et de sûreté maritimes sont variés, dupliqués, conçus et exécutés sans que la continuité et la cohérence d’ensemble entre lesdits programmes soient toujours observés. Il se trouve souvent que les organisations internationales et régionales organisent directement des formations concurremment avec les centres de formation dédiés parfois sur les mêmes thématiques. Il est intéressant de constater que les programmes de formation suscitent l’intérêt de nombreux partenaires, mais ne faut-il pas songer à la mise en place d’un mécanisme d’harmonisation et de coordination desdits programmes ? Les organisations internationales et régionales ne devraient-ils pas s’appuyer beaucoup plus sur les centres de formations dédiés en vue de contribuer à l’émergence de centres d’excellence en matière de formation maritime ? Par ailleurs les cursus de formation proposés ne doivent-il pas être harmonisés, certifiés et homologués au niveau national, régional et international 


  1. L’état des lieux dressé plus tôt montre que la plupart des programmes de formation en matière de sécurité et de sûreté maritimes dans le golfe de Guinée sont financés en majorité par les partenaires étrangers ainsi que les organisations internationales et régionales. L’apport spécifique des Etats africains, premiers concernés par les menaces sécuritaires, en termes d’expertise locale et de financement, étant extrêmement marginal. Il se pose dès lors la question cruciale de l’appropriation nationale des programmes de formation une fois que tous ces mécanismes d’’aide étrangère auront disparus ou du moins réorienté leurs priorités.


 



  1. Aujourd’hui des phénomènes nouveaux de criminalité maritime tendent à se développer avec notamment la question de la cybercriminalité, des connexions entre les actes illicites commis en mer et le terrorisme notamment dans la bande sahélo-sahélienne, la prolifération du trafic de migrants, etc. Les programmes de formation tiennent-elles suffisamment compte desdites évolutions ?


 



  1. Enfin, par quelle stratégie impliquer suffisamment dans les programmes de formation les acteurs privés ainsi que les personnes dont les métiers échappent au domaine de la sécurité et de la sûreté maritimes mais qui demeurent des acteurs non moins importants (pêcheurs traditionnels, industrie de pêche, plaisanciers, exploitants d’embarcations fluviales, etc.) ;


Voici Mesdames et Messieurs un ensemble de questions qui se posent et dont la résolution nous permettre de bâtir l’ébauche d’une stratégie mieux intégrée et plus performante en vue du développement des ressources humaines en matière de sécurité et de sûreté maritimes dans le golfe de Guinée.

 

Partenariat entre le Japon et l'ARSTM